Création artistique, Mike Beeple
Prof. Aggelos Kiayias, Directeur de recherche chez I.O.H.K., prĂ©sente le principe de lâenjeu.
Traduction : The Stakhanovite Stake Pool (STKH)
Dans un protocole de preuve dâenjeu (PoS), le registre est tenu Ă jour par les parties qui dĂ©tiennent des actifs dans ce mĂȘme registre. Cela permet aux blockchains PoS dâutiliser moins dâĂ©nergie que les blockchains basĂ©es sur la preuve de travail (PoW) ou dâautres types de protocoles. Toutefois, ce besoin impose un fardeau Ă ces parties prenantes. Ainsi, bon nombre dâentre elles doivent ĂȘtre en ligne et maintenir une connectivitĂ© au rĂ©seau suffisamment bonne pour pouvoir collecter des transactions et permettre Ă leurs blocs dâatteindre les autres sans retard. Il sâensuit donc que tout registre PoS tirerait parti de nĆuds de consensus fiables, dĂ©tenant des actifs et se concentrant sur la maintenance.
Plaidoyer pour les groupes dâenjeu
La richesse est trĂšs souvent distribuĂ©e selon une loi de puissance telle que la distribution de Pareto. Il en rĂ©sulte donc quâexĂ©cuter le protocole PoS sur des noeuds fiables ne serait une option viable que pour une minoritĂ© de riches propriĂ©taires dâactifs, ne laissant Ă la plupart des utilisateurs aucune possibilitĂ© de pouvoir faire ce travail. Cela nâest pas dĂ©sirable ; il serait mieux que tout le monde puisse maintenir le registre. Une approche permettant de rectifier ce problĂšme consiste Ă autoriser la crĂ©ation de groupes dâenjeu. Plus prĂ©cisĂ©ment, cela fait rĂ©fĂ©rence Ă la capacitĂ© des parties prenantes Ă combiner leurs actifs au sein dâune entitĂ©, un groupe dâenjeu, qui peut alors exĂ©cuter le protocole PoS en utilisant la somme des actifs qui lui ont Ă©tĂ© dĂ©lĂ©guĂ©s par ses membres. Un groupe aura un gestionnaire responsable de lâexĂ©cution de ce service, et donc du traitement des transactions. En mĂȘme temps, ce gestionnaire ne devra pas possĂ©der la capacitĂ© de dĂ©penser les actifs qui lui auront Ă©tĂ© dĂ©lĂ©guĂ©s, tandis que les membres reprĂ©sentĂ©s par ce groupe dâenjeu seront libres de changer dâavis et donc de groupe selon leurs souhaits et Ă lâenvie. Enfin, et de maniĂšre importante, toute partie dĂ©tenant des actifs doit pouvoir devenir gestionnaire de groupe si elle le souhaite.
La participation au maintien dâun registre PoS implique des coĂ»ts. Cela nâest sĂ»rement pas aussi Ă©levĂ© que dans le cas dâun protocole PoW, mais cela reste significatif. Il semble donc normal que la communautĂ© des parties prenantes rĂ©compensent ceux qui maintiennent le registre, installent des serveurs et traitent les transactions. Cela peut ĂȘtre fait en combinant les contributions faites par les utilisateurs du registre (frais de transactions) et lâinflation de la monnaie en circulation (de le nouvelle monnaie est introduite et donnĂ©e en rĂ©compense Ă ceux qui exĂ©cutent le protocole).
Dans le cas de Bitcoin, ces deux mĂ©canismes - groupes et rĂ©compenses - sont Ă lâoeuvre. Dâun cĂŽtĂ©, le minage de blocs est rĂ©compensĂ© par les frais de transactions et une rĂ©compense fixe qui diminue avec le temps en suivant une sĂ©rie gĂ©omĂ©trique. De lâautre cĂŽtĂ©, lâexistence de groupes est facilitĂ©e en permettant de diviser le travail requis pour produire un bloc entre plusieurs participants et en utilisant une preuve de travail âpartielleâ (PoW de difficultĂ© moindre que celle indiquĂ©e par lâĂ©tat actuel du registre) comme Ă©vidence de la participation au groupe.
Mettre en place un type similaire de mĂ©canisme dâincitations est assez simple dans le cas dâun registre PoS. Cependant, il est important de dâabord se demander si un mĂ©canisme de ce type (ou nâimporte quel mĂ©canisme) convergerait vers une configuration dĂ©sirable du systĂšme. Cela nous amĂšne Ă la question importante : quâest ce quâest la configuration dĂ©sirable du systĂšme ? Si lâon sâattache Ă minimiser les coĂ»ts de traitement des transactions, dans un environnement sans aucun problĂšme, alors la configuration optimale et la plus Ă©conomique est la dictature. Une seule des parties maintient le registre en tant que service tandis que les autres participent au groupe crĂ©Ă© par cette partie unique. Cela est trĂšs clairement un rĂ©sultat non dĂ©sirable pour la raison quâun gestionnaire unique est aussi un point de faiblesse unique pour tout le systĂšme, ce que les registres distribuĂ©s essayent exactement dâĂ©viter. Il sâensuit que la coexistence de plusieurs groupes, en dâautres termes la dĂ©centralisation, devrait ĂȘtre une caractĂ©ristique dĂ©sirable du mĂ©canisme dâincitation au maintien du registre.
Partage des récompenses dans un registre PoS
A quoi devrait donc ressembler le partage des rĂ©compenses dans un environnement PoS ? Les rĂ©compenses devraient ĂȘtre donnĂ©es Ă intervalles rĂ©guliers et les coĂ»ts de maintenance du groupe devraient ĂȘtre prĂ©levĂ©s par le gestionnaire du groupe avant de distribuer le reste de la rĂ©compense aux membres participant au groupe. Ătant donnĂ© quâil est possible de garder une trace de lâappartenance des utilisateurs Ă un groupe donnĂ© grĂące au registre lui-mĂȘme et lâutilisation dâune clĂ© dâenjeu, le partage des rĂ©compenses Ă lâintĂ©rieur du groupe peut ĂȘtre codĂ© par un contrat intelligent (smart contract) et devenir ainsi une tĂąche parmi les autres de maintien du registre. Tout dâabord, les gestionnaires de groupe devaient ĂȘtre rĂ©compensĂ©s pour leur esprit entrepreneurial. Un certificat de crĂ©ation de groupe postĂ© sur le registre dĂ©clarera une marge de profit qui sera dĂ©duite des rĂ©compenses totale du groupe aprĂšs avoir enlevĂ© les coĂ»ts opĂ©rationnels, qui seront aussi dĂ©clarĂ©s sur le certificat dâenregistrement. La dĂ©claration des coĂ»ts devrait ĂȘtre mise Ă jour rĂ©guliĂšrement, de maniĂšre Ă absorber la volatilitĂ© de la monnaie native du systĂšme (cryptomonnaie) exprimĂ©e en monnaie fiduciaire, celle qui est rĂ©ellement utilisĂ©e pour rĂ©gler ces coĂ»ts par le gestionnaire ($, âŹ, ÂŁ, etc ⊠). En mĂȘme temps, le certificat de crĂ©ation du groupe, supportĂ© par une ou plusieurs clĂ©s dâenjeu des participants, peut dĂ©clarer une certaine quantitĂ© dâactifs soutenant ce groupe et qui peuvent (i) indiquer que ce groupe reprĂ©sente une vĂ©ritable entreprise dâun ou plusieurs propriĂ©taires dâactifs ou (ii) servir dâactifs collatĂ©raux, garantissant ainsi une exĂ©cution correcte du protocole.
Ces bases posĂ©es, comment sâen sortent les systĂšmes de type Bitcoin en ce qui concerne la dĂ©centralisation ? Chez Bitcoin, si lâon fait lâhypothĂšse que tout le monde suit le protocole, les rĂ©compenses des groupes sont partagĂ©es suivant la taille de chaque groupe. Par exemple, un groupe de mineur avec 20% de la puissance de calcul peut sâattendre Ă obtenir 20% des rĂ©compenses. Les rĂ©compenses sont en effet proportionnelles au nombre de blocs minĂ©s par le groupe et le nombre de blocs est lui mĂȘme proportionnel Ă la puissance de calcul de ce groupe. Cela amĂšne-t-il Ă une dĂ©centralisation du systĂšme ? Les Ă©vidences empiriques semblent suggĂ©rer le contraire : chez Bitcoin, les groupes de mineurs sont passĂ©s prĂšs (et parfois mĂȘme passĂ©s au dessus) de la limite des 50% de la puissance de calcul, limite haute au delĂ de laquelle la rĂ©silience du registre distribuĂ© nâest plus assurĂ©e. Un argument simple peut valider cette observation empirique dans le cadre de notre plan de partage des rĂ©compenses : si les groupes sont rĂ©compensĂ©s proportionnellement Ă leur taille, et les membres dans ces groupes proportionnellement Ă la taille de leur apport, le plus rationnel serait alors de tout centraliser dans un seul groupe. Pour le voir, il suffit de considĂ©rer ce qui suit. Tout dâabord, il est raisonnable dâattendre que chaque participant assez riche pour crĂ©er un groupe le fera. Il en fera la promotion avec pour objectif dâattirer des membres, de telle sorte que la rĂ©compense du groupe augmente. Les autres dĂ©tenteurs dâactifs qui ne sont pas gestionnaire de groupe se joindront au groupe qui maximisera leur rĂ©compense, câest Ă dire le groupe avec le coĂ»t et la marge de profit les plus faibles. Pour attirer les membres, la compĂ©tition entre groupes Ă©crasera leurs marges de profit vers des valeurs trĂšs faibles. MĂȘme avec une marge Ă©gale Ă zĂ©ro, tous les groupes perdront face Ă celui opĂ©rant avec les plus faibles coĂ»ts. Nâayant aucun levier pour retenir leurs membres, le groupe Ă faible coĂ»t finira par attirer tous les membres dĂ©tenteurs dâactifs. Enfin, les autres gestionnaires de groupes rĂ©aliseront quâils auront tout Ă gagner Ă joindre ce groupe au lieu de continuer de gĂ©rer le leur, puisquâils percevront plus de rĂ©compenses Ă partir des actifs quâils dĂ©tiennent. Finalement, le systĂšme convergera en un seul groupe dictatorial.
La figure 1 est une reprĂ©sentation graphique de ce phĂ©nomĂšne. Elle provient dâune de nos nombreuses simulations que notre Ă©quipe a menĂ©es pour Ă©laborer des systĂšmes efficaces de partage des rĂ©compenses. Dans cette expĂ©rience, un certain nombre de parties prenantes suivent un processus dynamique dans lequel elles essayent dâoptimiser leurs gains en fonction de la configuration actuelle du systĂšme. LâexpĂ©rience aboutit Ă un groupe unique centralisĂ©, validant nos observations thĂ©oriques concernant les systĂšmes de type Bitcoin. Du point de vue de la dĂ©centralisation, il sâagit lĂ dâune tragĂ©die des biens communs: mĂȘme si les participants accordent de la valeur Ă la dĂ©centralisation en tant que concept abstrait, aucun dâentre eux ne veut en supporter seul le fardeau.
Figure 1 . Centralisation dâun systĂšme de partage des rĂ©compenses de type Bitcoin dans une simulation avec 100 parties prenantes. Au dĂ©part, un grand nombre de groupes sont crĂ©Ă©s par les parties prenantes. Ă tour de rĂŽle, les parties prenantes tentent de maximiser leur profit et changent de stratĂ©gie, aboutissant Ă un point de convergence oĂč il nâexiste plus quâun seul groupe.
Un meilleur systÚme de partage des récompenses
Ăvidemment, nous devons faire mieux quâune dictature ! Une premiĂšre observation est que si nous voulons rĂ©aliser la dĂ©centralisation, la linĂ©aritĂ© entre les rĂ©compenses et la taille devrait sâeffacer aprĂšs un certain niveau. En effet, si la linĂ©aritĂ© est attrayante lorsque le groupe est petit et veut attirer les parties prenantes, elle devrait ĂȘtre diminuĂ©e aprĂšs un certain niveau si nous voulons donner la possibilitĂ© aux groupes plus petits dâĂȘtre plus compĂ©titifs. Nous diviserons donc en deux le comportement du systĂšme de partage des rĂ©compenses en fonction de la taille du groupe : un stade de croissance, lorsque la linĂ©aritĂ© doit ĂȘtre respectĂ©e, et un stade de stabilisation, lorsque le groupe est suffisamment grand. Le point de transition entre les deux Ă©tats sâappellera le point de saturation et le groupe ayant dĂ©passĂ© ce point sera considĂ©rĂ© comme saturĂ©. Nous pouvons faire en sorte que les rĂ©compenses soient constantes aprĂšs le point de saturation. Ainsi, si le point de saturation est Ă©gal Ă 1% (du total des ADA dâenjeu), deux groupes reprĂ©sentant une participation totale de 1% et de 1.5% des actifs recevront la mĂȘme rĂ©compense.
Pour Ă©valuer le fonctionnement dâun tel systĂšme du point de vue dâun seul membre, considĂ©rons lâexemple suivant. Supposons quâil existe deux groupes, A et B gĂ©rĂ©s par Alice et Bob et dont les coĂ»ts opĂ©rationnels sont respectivement de 25 et 30 piĂšces (ici la cryptomonnaie), et chacun avec une marge bĂ©nĂ©ficiaire de 4%. Supposons de plus que le total des rĂ©compenses Ă distribuer soit de 1 000 piĂšces et que le point de saturation du mĂ©canisme de partage des rĂ©compenses soit de 20%. Ă un moment donnĂ©, le groupe dâAlice dĂ©tient 20% des parts, il est donc au point de saturation, alors que le groupe de Bob se situe Ă 19%. Un membre potentiel, Charlie, dĂ©tient 1% des parts et choisit maintenant quel groupe rejoindre. Rejoindre le groupe dâAlice portera la participation totale du groupe Ă 21% et, comme il a dĂ©passĂ© le point de saturation, la rĂ©compense sera de 200 piĂšces (20% du total des rĂ©compenses). En dĂ©duisant les coĂ»ts opĂ©rationnels, il restera 175 piĂšces Ă distribuer entre Alice et les membres du groupe. AprĂšs avoir supprimĂ© la marge bĂ©nĂ©ficiaire dâAlice et pris en compte la participation relative de Charlie dans le groupe, ce dernier recevra 8 piĂšces en rĂ©compense. Si Charlie rejoint le groupe de Bob, le total des rĂ©compenses sera de 200 piĂšces, ou 170 piĂšces aprĂšs soustraction des coĂ»ts opĂ©rationnels. Cependant, Ă©tant donnĂ© que la participation de Charlie reprĂ©sente 5% (1/20) du groupe, il recevra 2% de piĂšces de plus que sâil avait rejoint le groupe dâAlice. Charlie rejoindra donc le groupe de Bob sâil veut maximiser ses rĂ©compenses.
Tableau 1. Charlie, qui détient 1% de la participation totale, envisage de rejoindre les groupes gérés par Alice, Bob, Brenda et Ben. Sa récompense est calculée en piÚces. La récompense totale est de 1000 piÚces et le point de saturation est fixé à 20%.
Maintenant, voyons ce qui se passe dans le cas oĂč Charlie est confrontĂ© Ă la mĂȘme dĂ©cision lorsque, Ă un stade hypothĂ©tique, le groupe dâAlice reprĂ©sentait dĂ©jĂ 20% de la participation total alors que le groupe de Bob nâĂ©tait que de 3%. Dans ce cas, Bob a un trĂšs petit groupe et le total des rĂ©compenses disponibles pour ses membres est bien moindre que dans le cas prĂ©cĂ©dent. En consĂ©quence, si Charlie effectuait le mĂȘme calcul pour le groupe de Bob, sa participation de 1% donnerait une participation totale de 4% pour le groupe mais, aprĂšs calcul il ne recevrait que 30% des rĂ©compenses quâil aurait obtenu sâil avait rejoint le groupe dâAlice. Dans un tel cas, la dĂ©cision rationnelle est de rejoindre le groupe dâAlice, alors mĂȘme que son adhĂ©sion fera en sorte que le groupe dĂ©passera le point de saturation. Voir le tableau 1 ci-dessous pour les chiffres exacts.
Ătre prĂ©voyant, ça compte
Ce qui prĂ©cĂšde semble ĂȘtre contradictoire. Pour comprendre ce que Charlie doit faire, nous devons comprendre le fait suivant. Le choix de Charlie de rejoindre le groupe dâAlice dans le deuxiĂšme scĂ©nario (celui oĂč Bob est Ă 3 %) nâest rationnel quâĂ trĂšs court terme (ou myope). De fait, et comme le montre le premier scĂ©nario (Bob Ă 19 %), le groupe de Bob est meilleur pour Charlie Ă condition que le groupe de Bob atteigne le point de saturation. Ainsi, si Charlie pense que le groupe de Bob atteindra le point de saturation, le choix rationnel serait de le soutenir. Dâautres parties prenantes feront de mĂȘme et le groupe de Bob atteindra rapidement le point de saturation, augmentant les rĂ©compenses de tous ceux qui y ont participĂ©, tout en soutenant en mĂȘme temps lâidĂ©al de la dĂ©centralisation : au lieu de sâagrandir constamment, le groupe dâAlice sâarrĂȘtera au point de saturation et les autres auront la possibilitĂ© de croĂźtre Ă la mĂȘme taille. Ce type de rĂ©flexion stratĂ©gique de la part des parties prenantes est plus avisĂ© (non myope) et, comme nous le verrons, a la capacitĂ© dâaider Ă converger vers des configurations dĂ©centralisĂ©es souhaitables pour le systĂšme.
Il est inĂ©vitable que durant son Ă©volution, le systĂšme atteigne des moments cruciaux dans lesquels il sera essentiel que les parties prenantes exercent une rĂ©flexion Ă long terme, comme dans le scĂ©nario ci-dessus oĂč le groupe dâAlice atteint le point de saturation alors que les autres sont encore petits. La raison est quâĂ©tant donnĂ© les circonstances propres Ă chaque gestionnaire de groupe dâenjeu, les coĂ»ts opĂ©rationnels varieront en fonction de la population des parties prenantes. Il faut donc sâattendre Ă ce que, Ă partir du point zĂ©ro oĂč il nâexiste aucun groupe dâenjeu, le groupe prĂ©sentant le coĂ»t dâexploitation le plus bas sera Ă©galement le premier Ă se dĂ©velopper. Cela est naturel dans la mesure ou des coĂ»ts opĂ©rationnels bas laissent une plus grande rĂ©compense Ă rĂ©partir entre les membres du groupe. On peut sâattendre Ă ce que le systĂšme atteigne des moments, comme celui du deuxiĂšme scĂ©nario ci-dessus, oĂč le groupe le plus compĂ©titif (celui dâAlice avec un coĂ»t opĂ©rationnel de 25 piĂšces) a atteint le point de saturation, tandis que le deuxiĂšme le plus concurrentiel (celui de Bob avec un coĂ»t opĂ©rationnel de 30 piĂšces) est encore Ă un faible niveau dâadhĂ©sion.
On pourrait ĂȘtre tentĂ© dâenvisager une rĂ©flexion Ă long terme basĂ© sur un systĂšme de partage des rĂ©compenses de type Bitcoin et penser quâil peut lui aussi aider Ă converger vers la dĂ©centralisation. Malheureusement, ce nâest pas le cas. Dans un systĂšme similaire Ă Bitcoin -contrairement Ă notre systĂšme de partage des rĂ©compenses avec point de saturation - il ne sert Ă rien de dĂ©velopper les groupes dâAlice et de Bob avec lâidĂ©e que le groupe de Bob deviendra plus attrayant aux yeux de Charlie. En effet, sans point de saturation, le plus grand groupe dâAlice offrira toujours plus de rĂ©compenses Ă Charlie : cela tient au fait que les coĂ»ts opĂ©rationnels dâAlice sont moins importants et quâils laissent donc plus de rĂ©compenses Ă toutes les parties prenantes. Cela laissera le groupe de Bob sans aucun membre et, comme indiquĂ© ci-dessus, le choix rationnel pour Bob sera de dissoudre son groupe et de rejoindre Alice, faisant dâAlice le dictateur du systĂšme.
Pour en revenir Ă notre programme de partage des rĂ©compenses, nous avons Ă©tabli quâune stratĂ©gie non-myope favorise la dĂ©centralisation ; toutefois, il reste un point important. Ă un moment crucial, lorsque Charlie - acteur non-myope - dĂ©cide rationnellement de renoncer Ă rejoindre le groupe saturĂ© dâAlice, il peut choisir parmi un certain nombre dâautres groupes. Par exemple, avec le groupe de Bob qui a des coĂ»ts opĂ©rationnels de 30 et une marge bĂ©nĂ©ficiaire de 4%, le groupe de Brenda avec un coĂ»t opĂ©rationnel de 33 et une marge bĂ©nĂ©ficiaire de 2%, et le groupe de Ben avec un coĂ»t opĂ©rationnel de 36 et une marge bĂ©nĂ©ficiaire 1%. Le choix rationnel serait dâaller chez celui qui atteindra le point de saturation ; Y a-t-il un moyen de prĂ©dire lequel sera le meilleur choix ? Dans notre document dâanalyse complet, nous fournissons un mĂ©canisme explicite qui classe les groupes en fonction de leur dĂ©sirabilitĂ© en utilisant les informations concernant chaque groupe dâenjeu et consignĂ©es dans le registre. Cela peut aider les parties prenantes Ă faire le meilleur choix Ă tout moment. Dans notre exemple, câest le groupe de Brenda que Charlie devrait rejoindre sâil veut maximiser ses rĂ©compenses (voir tableau 1). Pour aider les utilisateurs de Cardano, ce mĂ©canisme de tri des groupes sera intĂ©grĂ© Ă Daedalus (et Ă dâautres portefeuilles compatibles avec Cardano) et offrira aussi une reprĂ©sentation visuelle des meilleurs choix Ă faire pour les parties prenantes, en utilisant les informations relatives aux inscriptions dans les groupes contenues dans le registre.
Ăvaluation expĂ©rimentale
Comment se comporte notre systĂšme de rĂ©compense pour ce qui est de la dĂ©centralisation ? Dans notre analyse complĂšte, nous prouvons quâil existe une classe de configurations de systĂšmes dĂ©centralisĂ©s qui sont des âĂ©quilibres de Nash non-myopesâ. Une stratĂ©gie dâĂ©quilibre signifie ici que les parties prenantes disposent dâun moyen spĂ©cifique de crĂ©er des groupes, dâen dĂ©finir les marges de profit et/ou de dĂ©lĂ©guer leurs actifs Ă dâautres groupes, de sorte quâaucune partie prenante ayant une vision Ă long terme nâait intĂ©rĂȘt Ă suivre une stratĂ©gie diffĂ©rente. De plus, nous dĂ©montrons expĂ©rimentalement que le jeu entre acteurs ayant une pensĂ©e non-myope converge rapidement vers cet Ă©quilibre, comme le montre la figure 2.
Figure 2. DĂ©centralisation observĂ©e avec notre systĂšme de partage des rĂ©compenses dans une simulation avec 100 parties prenantes et un point de saturation fixĂ© Ă 10%. Les groupes sont progressivement crĂ©Ă©s par les parties prenantes. Ă tour de rĂŽle, les parties prenantes tentent de maximiser leurs rĂ©compense de façon non-myope, ce qui aboutit Ă un point de convergence comportant 10 groupes, avec chacun une part Ă©gale de la participation totale. Ă la fin, aucun participant rationnel ne souhaite changer lâĂ©tat du systĂšme.
Une caractĂ©ristique de notre approche est que le nombre de groupes nâest quâune partie de la description du systĂšme de partage des rĂ©compenses et nâest donc nullement imposĂ© par le systĂšme aux parties prenantes. Cela signifie que les parties prenantes sont libres dâexpĂ©rimenter avec la crĂ©ation de groupe et la dĂ©lĂ©gation de participation sans se conformer Ă aucune architecture prĂ©dĂ©terminĂ©e. Cela est en contraste avec les autres approches adoptĂ©es par dâautres systĂšmes PoS, tel que EOS, dans lequel le nombre de groupes est un paramĂštre fixe du systĂšme de consensus (plus prĂ©cisĂ©ment, 21 groupes). Dans le mĂȘme temps, notre approche permet Ă lâensemble des parties prenantes dâexprimer leur volontĂ©, en rejoignant et en quittant librement des groupes, en recevant des rĂ©compenses garanties pour leur participation tout en tĂ©moignant de lâimpact positif de leurs actions sur la gestion du registre distribuĂ©, et ce quelque soit la somme de leurs actifs en jeu. Cela est aussi en contraste avec dâautres approches dans les systĂšmes PoS, tel que Ethereum 2.0, dans lequel la maintenance du registre est effectuĂ©e par des validateurs enregistrĂ©s sur la base dâun dĂ©pĂŽt de garantie et sans processus de vĂ©rification par lâensemble des parties prenantes.
Quel est alors le choix judicieux du nombre de groupes Ă atteindre dans le systĂšme de rĂ©compense de Cardano? Ătant donnĂ© que la dĂ©centralisation est notre objectif principal, il est judicieux de dĂ©finir ce paramĂštre au plus haut possible. Nos expĂ©riences de rĂ©seaux ont montrĂ© que le systĂšme peut toujours fonctionner efficacement avec 1 000 groupes en mĂȘme temps. En choisissant un seuil de saturation pour notre systĂšme de partage des rĂ©compenses basĂ© sur ce nombre, il sera rentable de disposer dâun groupe dâenjeu, mĂȘme si la participation totale qui y est dĂ©lĂ©guĂ©e ne reprĂ©sente que 0,1% de la circulation totale dâAda.
PrĂ©voir les attaques de type âSybilâ
Ătant donnĂ© que la dĂ©centralisation peut ĂȘtre rĂ©alisĂ©e par un grand nombre de groupes indĂ©pendants, il est Ă©galement important de voir si certaines configurations du systĂšme dĂ©centralisĂ©es sont plus prĂ©fĂ©rables que dâautres. Comme dĂ©crit jusquâici dans notre article, notre systĂšme de partage des rĂ©compenses dirigera les parties prenantes rationnelles vers la promotion des groupes dâenjeu qui auront les coĂ»ts le plus faible. MĂȘme si cela maximise les rĂ©compenses et minimise les coĂ»ts, il ne sâagit pas forcĂ©ment du rĂ©sultat le plus souhaitable. La raison en est quâau point dâĂ©quilibre, on peut voir un ensemble de parties prenantes promues en tant que gestionnaires de groupes dâenjeu et qui possĂšdent collectivement trĂšs peu dâenjeu. Ce dĂ©sĂ©quilibre, dans lequel un faible montant dâenjeu reprĂ©sente lâensemble de lâenjeu du systĂšme, peut ĂȘtre prĂ©judiciable Ă bien des Ă©gards : les gestionnaires de groupes dâenjeu peuvent ĂȘtre enclins Ă la corruption, ou peut-ĂȘtre pire encore, un acteur important peut enregistrer de nombreux groupes dâenjeu dans lâespoir de contrĂŽler lâensemble de lâĂ©cosystĂšme, rĂ©alisant ainsi une attaque de type âSybilâ qui nuirait Ă la dĂ©centralisation. Pour cette raison, le schĂ©ma de partage des rĂ©compenses prĂ©sentĂ© dans notre document dâanalyse complet est modifiĂ© de maniĂšre Ă tenir compte de lâenjeu adossĂ© au groupe (un fond de garantie), de sorte que ce type de comportement soit attĂ©nuĂ©. Nous approfondirons cet aspect du partage des rĂ©compenses de Cardano dans un prochain article de blog.